• Bernard Mananes

D'un Gilet Jaune : C'est vrai, on a vu les images ! Sûr et certain  ?

Mis à jour : juil. 8

Sur de nombreux groupes de Gilets Jaunes, on voit fleurir des fakes news reprises à la vitesse de l'éclair. La raison de telles reprises ? On voit les images donc c'est vrai ! Pas si sûr néanmoins, comme nous le rappelle la psychosociologie et la perception communicationnelle.


Entendons-nous bien : il ne s'agit pas ici de parler du combat des Gilets Jaunes et de sa légitimité. Ce n'en est pas le lieu. Néanmoins, il est intéressant, au vu de l'ampleur et de l'aspect inédit de ce mouvement social, de faire appel à notre intelligence des choses pour permettre un débat sain et éclairé.



Les Gilets Jaunes et les médias : le grand divorce ?

Il m'a été donné d'entendre, au détour d'une interview d'un Gilet Jaune, que celui-ci faisait plus confiance aux médias dit « alternatifs » comme Brut.fr, car ils proposent l'image sans coupe, sans montage, sans commentaire. Cela donne, aux yeux de l'interviewé, une véracité que les images montées, découpées et commentées des médias mainstream n'ont pas.

Les Américains, lors de la Guerre d'Irak de 2003, avaient déjà travaillé sur un concept similaire, celui de « journaliste embarqué », « embedded » comme on disait alors. Il s'agissait de faire grimper des journalistes sélectionnés sur des chars pour suivre, en direct, la progression des troupes de l'Oncle Sam. Ainsi, les téléspectateurs avaient l'impression de vivre en « vrai » les batailles victorieuses menées par leurs troupes. Il était vain de croire, pourtant, que les journalistes disposaient d'une vraie liberté de manœuvre : ils étaient cornaqués, dirigés, orientés, et par ricochet, leurs images l'étaient également.

De même, il est illusoire de penser que les images que l'on peut voir sur des sites comme Brut reflètent « la » réalité. Elle ne fait que renvoyer vers une réalité induite par le regard de leur auteur et par le canal de perception de ceux qui les regarde. Si l'on se dirige vers les médias de ce type, c'est que l'on part d'un présupposé : c'est que les médias classiques ne disent pas la vérité, veulent cacher quelque chose ou sont à la solde de quelqu'un. Qu'il y ait eu des maladresses, des incompréhensions, c'est un fait, mais l'ensemble des médias ne sont pas, doigt sur la couture, à attendre un appel de l'Elysée pour agir sur ordre. Il serait enfin illusoire de croire, lors des samedis d'actions des Gilets Jaunes, que les chaînes d'informations s'intéressent sincèrement au problématiques des Gilets Jaunes. Ce qu'elles veulent, c'est de l'action, de la casse, du visuel. Et, soyons sincères, c'est également ce qu'attendent les nombreux spectateurs qui constituent la base de leurs audiences.

Raison et Passion sont sur un bateau, Raison tombe à l'eau : qui l'a poussé ?

Cette vision de l'information et des canaux qui la distribue, c'est une évolution, en quelque sorte, du présupposé qui va faire lire le Figaro a des gens de Droite et Libération à des gens de Gauche. Il ne s'agit pas d'une exclusive, mais d'une tendance naturelle à se rendre vers l'opinion qui est la plus conforme à notre schéma de pensée, à notre « carte du territoire » dirait les PNListes. Il s'agit d'un biais connu en psychologie et c'est celui qui, notamment, va parfois nous empêcher de nous rendre compte de certaines évidences en nous focalisons sur ce que nous attendons à voir, et pas sur ce que nous voyons réellement. C'est ce que l'on appelle le biais de confirmation, qui est une propension naturelle à rejeter ce qui n'est pas compatible avec nos croyances initiales. Peter Wason, psychologue britannique, a effectué dès les années soixante de multiples recherches sur le sujet.

Et c'est en poursuivant dans ce biais que l'on peut facilement se méprendre dans l'interprétation ( par définition suggestive) d'une image ou d'une séquence. Certains verront dans un film un policier faisant une bavure alors que d'autres verront un Gilet Jaune victime d'une bavure. A aucun moment il n'est question d'une mise en perspective, d'un point de vue que l'on pourrait nuancer en essayant de comprendre objectivement ce qui a entraîné les réactions des deux protagonistes de la scène filmée. Chacun lit le message de l'image selon sa propre grille. Une image ne dit pas une vérité, une image est un instantané coupé d'un contexte, d'un ensemble de fait qui permettent de la mettre en perspective. Sinon, on peut facilement être prisonnier du tunnel de ses propres certitudes.

Le danger, en s'enfermant dans ses propres visions, et de participer, à son corps défendant, à un autre phénomène bien connu en psychologie sociale : le principe de polarisation de groupe. Dans tous les groupes, quels qu'ils soient, au bout d'un moment les membres vont se radicaliser aux extrémités alors même que leur nombre diminue et le plus grand nombre, modéré, quittera le-dit groupe. La radicalité des messages que l'on peut trouver sur les différents groupes de Gilets Jaunes est sans doute en train de montrer, une fois encore, que ce principe se réalise sous nos yeux.

Je me souviens, lors de mes études, qu'un de mes professeurs nous demandait : « Informer : c'est faire savoir, ou faire comprendre ? » C'est une question qui a encore toute son actualité. Devant l'avalanche de fake news, il est encore plus important de savoir garder sa tête froide et de faire appel à son intellect, à son intelligence plutôt qu'à ses émotions.


Bernard Mananes

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