• Bernard Mananes

La loi de Brandolini : l’heure de vérité des fake news

Dernière mise à jour : août 16

Les réseaux sociaux sont un instrument fabuleux. Enfin… Ils devaient l’être. Mais, à l’heure des fake news, loin de rapprocher, ils divisent l’opinion.


La promesse de départ était pourtant alléchante : certaines rêveurs pensaient qu’ils allaient rapprocher les gens, créer une sorte d’agora permanente où les points de vues s’échangeraient, où la Raison s’imposeraient dans une vue cartésienne qui veut que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Las, il n’en est rien. Les réseaux sociaux sont devenus le réceptacle de toutes les rumeurs, de toutes les fausses informations. Et combattre ces rumeurs demande une énergie qui dépasse, et de loin, l’énergie nécessaire à les propager, c’est ce que l’on appelle la loi de Brandolini.



René Descartes
Que reste-t-il de l'esprit des Lumières ?

Cette loi n’en est pas une vraie, elle ne repose pas sur des calculs complexes, elle est plus une sorte d’aphorisme, d’effet prédictif - un peu à la manière de la loi de Moore, du nom d’un des fondateurs d’Intel et qui prédit que les microprocesseurs doublent de puissance tous les dix-huit mois – due à l’italien Alberto Brandolini, programmeur de son état, énoncée en 2013.

Très simple, elle énonce, comme nous le disions, que l’énergie nécessaire à combattre une rumeur dépasse de loin l’énergie nécessaire pour la propager. A l’heure des réseaux sociaux, il est de plus en plus compliqué de se démarquer, d’impacter l’opinion. De fait, la mode de ce que l’on appelle le « scoopisme », c’est à dire de « prendre » du temps de cerveau disponible à l’internaute en vue de propager des idées, des rumeurs, des faits sans fondement, tourne à plein dans notre société basée sur l’émotion.

De la propagation de telles rumeurs, vendues comme vraies, leurs auteurs pourront engranger une renommée éphémère, un statut social dans leurs communautés, une visibilité accrue dans les médias. La véracité de l’information importe peu, seul compte son impact et sa viralité.

Plus c’est gros, plus ça passe.

Qui plus est, de telles rumeurs seront d’autant mieux retenues qu’elles seront à contre courant de la doxa d’un discours vu comme « officiel », et porteur d’une manipulation fantasmée par un pouvoir lui aussi fantasmé dans sa toute puissance. L’effet du « plus c’est gros, et plus ça passe » facilitera également la mémorisation de ces fausses informations, étant entendu que l’extraordinaire est plus facilement retenu que l’ordinaire…

Alors que faire ? Que faire lorsque l’on sait qu’il sera impossible de lutter à armes égales dans des débats qui se polariseront de plus en plus et empêcheront, justement, tout débat serein basé sur la Raison ?

Peut-être faut-il, même si cela coûte, même si cela est douloureux, voire, parfois, violent, continuer de confronter les idées, de ne pas se résigner aux mensonges, . Souvent, ceux qui les propagent le font de « bonne foi », ignorant qu’il s’agit de mensonges, de rumeurs sans aucune source valables, d’idées cachant, en leur sein, d’autres desseins moins avouables qu’elles-mêmes. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Facebook, et, plus largement, l’ensemble des réseaux sociaux, ont une responsabilité écrasante dans la diffusion de telles rumeurs, dans l’effet tunnel des opinions, cet effet qui enferme dans des idées préconçues et prémâchées mais que nous sommes prêts à entendre. Les algorithmes des réseaux sociaux nous polarisent, c’est à dire nous emmènent vers toujours plus d’une opinion similaire, toujours plus tranchée, toujours moins nuancée. Nous devons prendre garde de nous-même, et de cette facilité d'une pensée toute faite, confortable qui nous fait réduire dans une pensée simple des sujets complexes.

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