• Bernard Mananes

Le Ministère de la Défense se prépare à « la guerre des cerveaux »

Myriade, c’est le nom d’un projet dévoilé par le Ministère de la Défense et destiné à préparer la « guerre cognitive », mélange de psychologie, de sociologie, et de – presque – science-fiction. Plongée dans la guerre du futur dont le théâtre d’opération sera… notre cerveau !


L’évolution des neurosciences et de la psychologie a pu faire prétendre à certains que nous en étions à l’année 1492 de la découverte du cerveau humain, référence à l’année de découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Les travaux de l’école de Palo Alto, et, plus largement, les progrès dans l’imagerie cérébrale, dans la connaissance des mécanismes fins de notre cerveau ont donné lieu à de considérables avancées dans le traitement de certains troubles, de certaines pathologies.



main, robot, cyborg
Le cerveau humain, nouveau champ de bataille ?

Ces avancées ne pouvaient pas rester longtemps à l’écart du champs militaire, toujours prompt à se saisir d’avancées permettant d’assurer la domination sur l’ennemi.

Déjà, en mai 2021, l’OTAN avait produit une étude sur le rôle des réseaux sociaux sur la propagation des rumeurs. Il est connu en effet, comme nous le précisions dans cet article consacré à la loi de Brandolini, qu’il est plus simple de faire courir de fausses rumeurs que de les combattre. De fait, courir après la vérité demande une énergie bien supérieure à la propagation de fausses informations, ce qui est, dans le cas d’un conflit armé, ou d’une guerre psychologique, très « rentable » lorsque l’on se place au niveau de l’assaillant : le défenseur va en effet perdre beaucoup d’énergie à contrecarrer une rumeur.

De fait, les fake news ne sont pas une nouveauté dans les conflits armés, et la désinformation, la dissimulation est aussi vieille que l’art de la guerre comme aurait dit Sun Tze. Néanmoins, et si la première des victimes de la guerre, c’est la vérité pour paraphraser Kipling, les réseaux sociaux et le rapport qu’ont nos concitoyens avec l’information donne une toute autre dimension à la manipulation psychologique et autres psy ops.

Et c’est dans ce cadre que vient s’insérer le projet Myriade, dont un des buts est de manipuler les masses par les failles inhérentes au cerveau humain.

Nous avons tous été au moins une fois dans notre vie été victime d’un biais de halo, c’est à dire à ne traiter et à se souvenir que des informations qui vont dans notre sens, ou par un biais de disponibilité, c’est à dire à n’aller chercher que dans les informations qui sont sous nos yeux, sans aller chercher d’autres sources. Ces biais, ainsi que nombre d’autres, sont des mécanismes naturels qui peuvent avoir une utilité dans le cadre évolutif, comme la généralisation, l’omission ou la distorsion que l’on retrouve en PNL.

Ces biais peuvent être instrumentalisés et ils le sont déjà, notamment dans le cadre de la publicité, de la communication ou bien des discours politiques, mais la nouveauté, dans ce projet, est de prendre en compte ces biais pour altérer, ou instrumentaliser, les notions de rationalité d’une société par le prisme de l’individu. Comme l’ont dit des chercheurs de l’université John Hopkins en octobre 2020 : « la guerre cognitive vise à ce ce que les ennemis se détruisent de l’intérieur. » .

Métavers et métastases.

Cher à Mark Zuckerberg, créateur de Facebook et grand idéologue de ce nouveau concept, le métavers est comme un univers parallèle, comme si la Matrice devenait réalité, au point qu’à terme il ne devienne presque plus possible de discerner la réalité de la fiction générée par des intelligences artificielles. Ces métavers pourraient être « piratés » pour y adjoindre de faux souvenirs, de fausses informations, voire, prendre le contrôle de certaines perceptions par le biais de programme dédiés.


Comme un cancer, ces intox se propageraient à une vitesse fulgurante, jamais connue jusqu’alors. Que l’on songe aux deep fakes, ces fausses vidéos générées par ordinateurs, et on aura idée des dommages que de tels programmes pourraient causer.


De fait, il s’agit bien d’altérer la manière dont les citoyens perçoivent et réagissent à une information dans le but de déstabiliser un Etat. Et l’on songe, bien évidemment, aux tentatives russes de peser sur les élections présidentielles américaines ou françaises.

De fait, comme le dit James Giordano, un des théoriciens de cette nouvelle polémologie : « l’esprit humain est en passe de devenir le prochain champ de bataille ».

Issu, en partie, des travaux de la Red Team, ce groupe d’écrivains de science-fiction qui nourrit les armées de leurs travaux prospectifs, Myriade n’est pas qu’un jeu de l’esprit. Que l’on songe à l'article de l'Otan cité plus haut et qui, de manière très officielle, encourage ses membres à se doter d’un système de suivi et d’alerte pour cette guerre d’un nouveau genre.

Classés secrets, les travaux du projet Myriade révèlent également la fragilité que nos sociétés ultra connectés peuvent avoir face aux afflux d’informations qui arrivent sans cesse. J’avais déjà traité cette problématique dans un article consacré à la crise des Gilets Jaunes. Aujourd’hui, ce n’est plus « la guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens » comme aurait dit Clausewitz, c’est notre capacité à être une société qui risque d’être une continuation de la guerre.

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