• Bernard Mananes

Les psychologues : des paramédicaux comme les autres ?

Dernière mise à jour : sept. 29

Le Président de la République vient d’annoncer le remboursement des consultations chez les psychologues, mais cette mesure, loin de contenter cette profession, avive les tensions de ceux qui parlent déjà de « consultations au rabais ».


La crise du Covid l’a démontré : les Français sont en souffrance. Selon l’enquête CoviPrev, diligentée par Santé Publique France, 15 % d’entre eux montreraient des signes de dépression et 10 % auraient eu des pensées suicidaires au cours de l’année, soit 5 points de plus qu’avant l’épidémie. L’anxiété, elle, concernerait 23 % de la population, en augmentation de 10 points par rapport à l’étude précédente.



psychologue
Les psychologues vent debout contre la décision d'Emmanuel Macron


Conscient d’un tel malaise, Emmanuel Macron a annoncé, lors des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie la création, dès l’an prochain, de 800 postes dans les centres médico-psychologiques, pour « réduire au maximum les délais d’attente ». Il faut dire que le besoin est patent : les délais pour une première prise de rendez-vous dans certains départements dépassent plusieurs semaines.


Autre annonce, attendue par les psychologues, la prise en charge par l’Assurance Maladie, dès le 1er janvier 2022, et pour l’ensemble de la population dès 3 ans, de séances remboursées.


Ces séances, qui pourront aller jusqu’à 10 par personne, seront remboursées à hauteur de 40 euros pour la première et 30 euros pour les suivantes. Pour en bénéficier, le patient devra demander une prescription médicale à son généraliste.


Une profession sous tutelle ?


Et c’est là que le bât blesse. Ces séances seront forfaitairement fixées à trente minutes, ce qui, de l’avis de nombreux professionnels, est peu pour créer un rapport suffisant à l’amélioration de la problématique du consultant, et ces tarifs seront fixes, sans possibilité de dépassement d’honoraires. Lorsque l’on sait que les charges représentent près de 50% du total d’une séance, cela revient à travailler pour, environ, cinquante centimes la minute…

Qui plus est, le nécessaire passage par le cabinet d’un généraliste pour une prescription, renouvelable, créé un rapport de sujétion d’une profession qui se veut indépendante. Pierre-Marie Lincheneau, psychologue à Bordeaux, va même plus loin dans les colonnes de Sud-Ouest : « D’entrée, il y a une chose à laquelle nous sommes attachés plus que tout : notre indépendance. À partir du moment où un médecin doit prescrire une consultation chez un psychologue, le psychologue devient un professionnel de santé paramédical ».


Beaucoup regrettent ce passage sous les « fourches caudines » du généraliste qui n’aura pas forcément la formation pour reconnaître la nécessité d’une telle prise en charge.


D’ailleurs, ce dispositif, déjà expérimenté dans les Bouches-du-Rhône, la Haute-Garonne, les Landes et le Morbihan depuis 2018, n’a pas fonctionné et la plupart des psychologues l’ayant testé n’ont pas souhaité poursuivre.


Denis Grabot, également psychologue à Bordeaux, va également dans ce sens : « Les autorités de santé n’ont qu’un seul logiciel : faire des psychologues des paramédicaux. En plus, avec de tels tarifs, si on ajoute les charges, le temps passé, le salaire moyen d’un psychologue tournera à un peu plus de 1 200 euros nets par mois. ». C’est d’ailleurs tout l’enjeu des manifestations de cette semaine dans plusieurs villes de France.


Si la santé mentale n’a pas de prix, elle a, pour le Gouvernement, visiblement un coût.

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