• Bernard Mananes

Praticiens du bien-être retirés de Doctolib : une catastrophe ?

Ainsi donc le couperet est tombé à la fin du mois de novembre : près de 6.000 praticiens en hypnose, sophrologues, naturopathes vont être bannis de la plateforme de prises de rendez-vous en ligne Doctolib. Si l’annonce a fait l’effet d’une bombe, n’était elle pas logique ? Éléments de réponse.



logo de doctolib
Doctolib exerce un quasi monopole sur la prise de rendez-vous médical.


En août dernier, dans la touffeur d’un été déjà brûlant, la twittosphère s’échauffe encore de quelques degrés : Doctolib, la célèbre plate-forme de prise de rendez-vous en ligne, est accusée d’abriter des praticiens naturopathes aux techniques plus que douteuses ; Urinothérapie, naturopathes formés par Irène Grosjean accusée d’attouchements sexuels pour des pratiques douteuses sur des bébés en vue de faire baisser la fièvre…

La plateforme réagit et supprime 17 profils parmi ceux qu’elle juge les plus problématiques. Mais le soufflet ne retombe pas et le tribunal du net et de l’opinion fait le reste.

Après six semaines de consultations auprès de 40 acteurs de la santé ( mais, curieusement, aucun syndicat d’hypnothérapeutes ni de sophrologues ne semblent avoir été consulté ), Doctolib fait le choix, sans autre forme de procès, de mettre à l’index 5.700 praticiens du bien-être. Désormais, la plate-forme ne référencera plus que les professionnels de santé dûment identifiés comme tel.


Dès l’annonce de cette décision, le 23 octobre, c’est l’effroi et la stupéfaction dans le Landerneau de l’hypnose française. On estime en effet que près de 80 % des praticiens en hypnose, en France, ne sont pas des professionnels de santé. Si tous ne sont pas sur Doctolib, nombreux sont ceux qui y sont et qui y trouvaient un service pourvoyant nombre de leurs clientèles. Dès le 30 octobre, des praticiens du bien-être commençaient à recevoir la lettre recommandée signifiant la fin du contrat. Si Google règne en maître sur les moteurs de recherche, Doctolib règne sans partage sur la prise de rendez-vous…

Et c’est justement là où le bât blesse. Dès la crise du Covid, en 2020, Doctolib avait été désignée par le Gouvernement pour les prises de rendez-vous vaccinales. Cette entreprise, privée, devenait donc un tiers de confiance ayant reçu l’onction du Ministère de la Santé. Dans « l’inconscient collectif » de nombre de nos compatriotes, elle devenait ainsi le « bras armé » d’une politique de santé publique et, de fait, revêtait presque l’habit d’un « service public »… privé !


Si l’on peut émettre de légitimes doutes quant à la sous-traitance de données de santé à un acteur non institutionnel, force est de constater que Doctolib bénéficie, de fait, d’une sorte de rente de situation le rendant incontournable.


La suite des évènements était, somme toute, logique. A quoi bon, lorsque l’on est dans cette situation monopolistique, s’encombrer de praticiens qui ne représentent que 0,3 % des prises de rendez-vous et seulement 3 % professionnels référencés ? C’est risquer de tendre le bâton pour se faire battre et jouer avec une image patiemment construite. Après tout, dans « Doctolib », il y a « docto- » ce qui peut laisser croire que tous les professionnels présents sur cette plateforme sont issus du monde médical, quand bien même il était clairement stipulé sur chaque profil la mention « Ce praticien exerce une profession non réglementée. »


Avant la révélation d’août dernier, ce statut ne gênait pourtant pas Doctolib et ses équipes qui continuaient à démarcher les non professionnels de santé. Vérité du lundi, n’est pas vérité du mardi…

Doctolib, par ce coup de balai dans son répertoire, se rachète une virginité et une respectabilité à peu de frais.

Mais, et les praticiens et les clients dans tout ça ?

Mais les praticiens lésés ? Que vont-ils devenir ? Si certains souhaitent lancer des procédures contre l’annuaire ( démarches qui auront sans doute peu de chance d’aboutir ), beaucoup restent stupéfaits, attendant comme un couperet la date du 30 avril 2023, date de la fin sur service pour eux. Il existe bien évidemment d’autres solutions, comme Médoucine ( qui est aussi attaquée pour certaines pratiques présentées sur son site), Resalib, et j’en passe et des meilleures… Il existe également la solution de la prise de rendez-vous directe depuis son propre site internet.

Mais, soyons clair, l’offre de prise de rendez-vous sera désormais éclatée entre plusieurs services concurrents et plus ou moins sérieux là où Doctolib donnait une porte d’entrée unique et identifiée. Que va faire le client ? Vers quelle solution va-t-il se tourner ? Quel acteur pourra émerger dans les différentes offres de prises de rendez-vous qui s’offrent à lui ? Il peut apparaître comme certain que les praticiens du bien-être investissent massivement dans l’achat de mots-clefs, travaillent mieux leurs référencements, leur présence sur internet.


Lorsque l’on prend encore un peu de champs, on peut aussi constater qu’avec cette affaire Doctolib, et la musique lancinante depuis plusieurs années d’une réglementation de la profession, le « marché » de l’hypnose tende à se consolider. Il ne serait d’ailleurs plus que temps, certaines personnes pouvant apposer leurs plaques en ayant simplement suivi quelques heures de formation en distanciel. Un article de Sud-Ouest indiquait qu’il y avait plus d’ostéopathes sur Bordeaux que de coiffeurs, le ratio doit être le même concernant les hypnothérapeutes.

Une autre question induite est la capacité aux professionnels de santé de répondre à l’offre concernant l’hypnose par exemple. Lorsqu’on connaît l’état de délabrement avancé de la psychologie et de la psychiatrie en France, on ne peut qu’être circonspect devant les listes d’attente qui ne manqueront pas de s’allonger.


De fait, cette crise, pour beaucoup, peut être salutaire pour tous. Elle peut emmener les syndicats, les acteurs de la profession a, enfin, ouvrir un chantier qui n’a que trop attendu: la structuration de notre profession. Reste à faire taire les querelles d’égos et les controverses germanopratines. Si nous ne occupons pas de politique, alors ce sera la politique qui s’occupera de nous…

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