• Bernard Mananes

Que se passe-t-il dans un cerveau sous hypnose ?

Longtemps reléguée, la pratique de l’hypnose connaît depuis quelques années un retour en grâce fulgurant. On ne compte plus les spectacles, les émissions de télé qui lui sont consacrées. Outil thérapeutique majeur, le fonctionnement de l’hypnose restait mystérieux. Mais, peu à peu, le voile se lève.



cerveau irm hypnose
L'hypnose dévoile ses secrets



Déclencher une anesthésie, permettre de lutter contre les migraines, lutter contre les phobies, arrêter de fumer… L’hypnose et l’hypnothérapie sont parées de toutes les vertus. Parfois à tort, mais souvent à raison, les phénomènes hypnotiques intriguent. Sans replonger dans l'histoire de l'hypnose, les « pères fondateurs » de l’hypnose comme Franz Anton Mesmer, James Braid, Emile Coué, Milton Erickson et bien d’autres ont découvert les capacités insoupçonnées du cerveau humain.


Si les notions de conscient et d'inconscient ont pu être popularisées par Freud et la psychanalyse, on a ignoré pendant longtemps comment "fonctionnait" l'hypnose, quels mécanismes psychiques, neuronaux, elle mettait en œuvre.


De fait, si les psychothérapies, les différentes thérapies fonctionnent, sait-on ce qu'il se passe à l'intérieur du "moteur". Comment un état naturel, quand bien même est-il provoqué, peut-il soulager, guérir certains maux ? Comment lèvent-elles certaines angoisses ? Certaines peurs, certains blocages ?


Car faire de l'hypnose, en tant que praticien, accompagner au gré des métaphores et des suggestions une personne qui vient nous voir, c'est aussi accepter une part de mystère. Dès la première séance, c'est accepter une part de magie. Et si la magie a une structure pour paraphraser un livre de Bandler et Grinder, les pères de la PNL, c'est aussi rester conscient sur l'incompréhension des mécanismes à l'œuvre vers les changements désirés.


L'imagerie cérébrale à la rescousse !


Peu à peu, les travaux en imagerie cérébrale, et certaines découvertes réalisées avec des personnes sous hypnose permettent de mieux comprendre ce qu'il se passe lors d'une transe hypnotique.


Tous ceux qui ont vécu une séance d'hypnose, ou qui pratiquent l'autohypnose connaissent cette sensation unique. Cette sensation d'entrer dans un état de conscience modifiée, cette perception différente des choses, cette idée de lâcher-prise que l'on peut retrouver dès lors que nos paupières deviennent lourdes suivant la formule consacrée. C'est cette capacité à entrer profondément, par le biais de différentes techniques lors du déroulement d'une séance qui fait de chaque séance, justement, une expérience unique. D'ailleurs, apprendre l'auto-hypnose dès l'enfance serait peut être une bien belle idée..


Des chercheurs se penchent depuis longtemps sur cet état de conscience et sur cette sorte de pouvoir hypnotique issu de cet état.


Et ce sont des chercheurs finlandais, de l'université de Turku, qui ont récemment observé, de manière certaines chez un sujet hypnotisé des modifications du fonctionnement du cerveau dans un état de conscience modifiée.


Alors qu'en temps normal, les deux zones cérébrales observées devraient communiquer entre elles pour réagir aux différents stimuli provoqués par les scientifiques, elles réagissaient de manière isolées. C'est un peu comme si les informations étaient fractionnées, ce qui montre que, sous hypnose, le cerveau a cette capacité à travailler différemment.


De cette constatation, les auteurs de cette étude émettent l'hypothèse que les différentes phénomènes hypnotiques observés, comme les hallucinations, certaines catalepsies ainsi que les amnésies seraient dû à ce fonctionnement différent.


Aux Etats-Unis, à l'université de Stanford, une équipe de chercheurs ont étudié 57 sujets volontaires pour réaliser une tâche pendant deux séances d'hypnose, puis pendant une phase d'éveil classique à l'aide d'un IRM.


36 de ces "cobayes" étaient considérés comme très réceptifs à l'hypnose, que cela soit par le biais d'une induction hypnotique classique, d'une hypnose conversationnelle ou d'une autre technique d'hypnose et les 21 autres étaient considérés comme peu ou pas réceptifs. Et les résultats ont été étonnants !


Les scientifiques ont pu observer deux choses. La première, c'est que lorsque la personne s'est laissée hypnotisée, qu'elle était en état de transe, les zones cérébrales nécessaires à la résolution du problème posé augmentait significativement et que, absorbé par la tâche, certaines zones du cerveau, d'habitude en " veille active", semblait étrangères à toutes sollicitations extérieures.


Ils ont également pu observer que les mécanismes liés à la flexibilité cognitive, c'est à dire ceux là même qui nous permettent de réagir à des situations nouvelles, trouver des solutions innovantes, étaient suractivés.


Ces travaux sont intéressants dans la mesure où ils peuvent permettre de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau et de l'hypnose, bien évidemment, mais plus encore le chemin que peuvent prendre certains troubles du comportement.


De même, en nous permettant de comprendre comment fonctionne le cerveau de personnes hypnotisées, et, plus largement, les états de conscience modifiés, ces travaux peuvent faire avancer la technique thérapeutique, la relation d'aide en maximisant les états de réceptivité.


Mais, plus encore que ces avancées sur l'état hypnotique, l'hypnotisme en général, ce qui est à retenir à mon sens est l'utilisation de nouveaux outils pour mesurer la modification de la sensation de réalité environnante des sujets de ces expériences.


Ainsi, les psychothérapeutes, et les scientifiques finlandais ont utilisé un nouveau protocole qui n'avait jamais été utilisé pour étudier un état de conscience modifié volontairement : il s'agissait de suivre le cheminement, à l'intérieur du cortex du volontaire, d'un courant électrique.


Les neurosciences avancent chaque jour un peu plus dans la compréhension des formes que peut prendre l'hypnose, son mode opératoire. Ce merveilleux outil thérapeutique, que nous utilisons, selon nos statuts, à des fins de mieux-être ou d'hypnose clinique, n'a pas fini de nous étonner. Plus largement, les thérapies brèves n'en sont peut être qu'à leur balbutiement !












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