• Bernard Mananes

Quelle fiabilité pour les souvenirs sous hypnose ?

Mis à jour : juil. 8

L'hypnose existe depuis des siècles, des millénaires. Grâce à elle, des souvenirs, des bribes de mémoire peuvent revenir, voire, même, servir de preuves dans des affaires criminelles. Mais quel crédit accorder aux souvenirs issus d'une séance d'hypnose ?


En 1976, après l'enlèvement d'un groupe d'écoliers à Chowcilla, en Californie, le chauffeur du bus qui transportait les enfants se rappela, sous hypnose, la plaque d'immatriculation d'une des voitures des ravisseurs. Dans les années 1970, des exemples de ce genre ont suscité un certain engouement pour le recours à l'hypnose par des policiers et des juges d'instruction américains. Des psychologues ont alors réalisé des recherches expérimentales sur la valeur des souvenirs retrouvés en état hypnotique.

les souvenirs hypnotiques : à prendre avec précautions


L'hypnose est une sorte de jeu de rôle, induit par une personne, l'hypnotiseur, chez quelqu'un qui croit à la réalité de l'hypnose et qui accepte de se conformer aux suggestions de l'hypnotiseur. Contrairement à ce que suggère l'étymologie du mot « hypnose », l'état dans lequel se trouve l'hypnotisé n'est pas le sommeil (« hypnos », en grec), ni un état de conscience proche. Les observations électro-encéphalographiques l'ont clairement démontré. L'état hypnotique est comparable à celui que nous connaissons tous lorsque nous sommes totalement absorbés dans un livre, un concert ou un film. On peut d'ailleurs noter que les personnes facilement hypnotisables se caractérisent par une forte capacité de s'absorber entièrement dans des activités et dans des productions imaginaires.


Succès et éclipses de l’hypnotisme

L'histoire de l'hypnose remonte au moins jusqu'à la pratique du magnétisme par Franz Mesmer, à la fin du XVIIIe siècle. Ce médecin autrichien obtenait des guérisons surprenantes grâce à l'utilisation d'aimants et d'un baquet contenant de la limaille de fer, du verre pilé, des tiges de fer et des bouteilles d'eau.

Tandis que Mesmer cherchait à provoquer des crises convulsives destinées à guérir, certains de ses disciples, en particulier le marquis de Puységur, guérissaient des maux physiques et psychiques grâce à un « sommeil » tranquille et lucide, appelé « somnambulisme ».


Au cours du XIXe siècle, ces pratiques connurent des phases de popularité et d'éclipses. Vers 1880, l'hypnose fit une percée décisive dans plusieurs pays européens. Elle fut à la fois une pratique de spectacle populaire, un objet de recherche scientifique et une forme de thérapie. Vingt ans plus tard, elle était discréditée dans les milieux scientifiques. Des savants réputés avaient montré son manque de fiabilité et les limites de son efficacité. Ainsi, déjà en 1880, Heidenhain, professeur de physiologie à Breslau, dans un ouvrage qui connut quelques années de célébrité, mettait en garde contre les illusions et les « hallucinations » que l'hypnose induit chez certaines personnes.


Bernheim : “Il n’y a que de la suggestion”

En 1889, lors du Premier congrès international de l'hypnotisme expérimental et thérapeutique, Bernheim — qui avait pratiqué l'hypnose intensivement depuis cinq ans — expliquait que l'on peut facilement suggérer des faux souvenirs à la faveur de l'hypnose. Il ajoutait que la personne hypnotisée, lorsqu'elle est revenue à l'état ordinaire, peut croire avoir vu ou fait ce que l'hypnotiseur lui a suggéré. Par la suite, Hippolyte Bernheim s'attaqua à l' « apparence mystique et thaumaturgique » des pratiques hypnotiques. Il finit par déclarer que l'état hypnotique n'est rien d'autre qu'un état de suggestion : « Il n'y a pas d'hypnotisme, il n'y a que de la suggestion ; c'est-à-dire, il n'y a pas un état spécial, artificiel, anormal ou hystérique qu'on peut qualifier d'hypnose ; il n'y a que des phénomènes de suggestion exaltée qu'on peut produire dans le sommeil, naturel ou provoqué. [...] J'ai constaté invariablement que lorsqu'un sujet très suggestible peut être anesthésié, halluciné, déterminé à divers actes, dans le sommeil provoqué [c'est-à-dire l'hypnose], il est justiciable des mêmes suggestions, à l'état de veille, sans avoir jamais été endormi préalablement ».


À partir des années 1950, l'hypnose a suscité un regain d'intérêt chez des psychothérapeutes, des médecins et des chercheurs scientifiques. Aujourd'hui, grâce à de nombreuses recherches expérimentales — en particulier celles de Sarbin, de Barber et de Spanos — l'hypnose est une pratique démystifiée, dont un des principaux mérites est de permettre de réduire la douleur au cours de soins dentaires, de l'accouchement et d'examens médicaux pénibles. Elle facilite des opérations chirurgicales sous anesthésie locale et certaines psychothérapies.


Quid des souvenirs retrouvés par hypnose ?

Quant aux recherches expérimentales sur le fonctionnement de la mémoire en état d'hypnose, elles aboutissent aux conclusions suivantes. Une partie des souvenirs produits dans cet état correspond à des événements passés, mais une autre partie est tout simplement imaginée. On ne dispose malheureusement pas d'un moyen fiable pour distinguer les vrais souvenirs et les pseudo-souvenirs hypnotiques. D'autre part, un processus particulièrement préoccupant est que les souvenirs hypnotiques apparaissent sous la forme d'images visuelles vivaces, c'est-à-dire le type de contenus cognitifs qui s'accompagne d'un fort sentiment de véracité. Les personnes suggestibles sont tout disposées à croire à la réalité de ce qu'elles ont visualisé en état d'hypnose. Plus l'hypnotiseur insiste pour retrouver des souvenirs, plus des souvenirs apparaissent, des vrais souvenirs mais également des souvenirs inventés en vue de se conformer aux demandes de l'hypnotiseur.


En conclusion, les meilleurs chercheurs contemporains aboutissent aux mises en garde faites, il y a plus d'un siècle, notamment par Heidenhain et Bernheim. L'hypnose n'est nullement un sérum de la vérité, c'est un jeu imaginaire dans lequel une personne peut se montrer particulièrement réceptive aux suggestions d'une autre. En termes péjoratifs, on a pu dire que l'hypnose c'est « deux personnes en train de se mentir, chacune faisant semblant de croire ses propres mensonges et ceux de son partenaire ».


source : Mediapart

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