• Bernard Mananes

L'expérience de Stanford : retour sur une des plus grandes mystifications de l'Histoire.

Pendant longtemps, deux expériences de sciences sociales constituaient l'alpha et l'oméga de tout étudiant en psychologie sociale : l'expérience de Milgram et celle de Stanford. Si la première ne souffre pas de contestation, la seconde elle, vient de tomber de son piédestal : tout était faux, où presque. Retour sur un fiasco.



Philip Zimbardo, un des plus grands faussaires de l'histoire des sciences ?


Nous sommes en 1971. Philip Zimbardo, professeur de psychologie de l’Université de Stanford, lance une expérience qui fera date et marquera durablement la conception qu'a l'Homme de son rapport à la violence. Cette expérience se veut une « expérience sur les prisons ». A cette fin, le psychologue recrute une vingtaine d'étudiants aux profils comparables et les assigne, de manière aléatoire, aux rôles de prisonniers ou de gardiens.


Ces derniers sont anonymisés : lunettes de soleil, uniformes rappelant l'autorité de leurs fonction... Tout y est. Les détenus, eux, ont des chaînes aux pieds, des tenues sans sous-vêtements et le détail est poussé jusqu'à leur faire mettre des collants sur la tête pour faire croire qu'ils ont le crâne rasé. Ainsi, explique Zimbardo, ils doivent se sentir impuissants, à la merci de l'autorité et de l' « hubris » supposée des gardiens. Qui plus est, ils n'étaient jamais appelés par leurs noms mais par un numéro matricule, renforçant ainsi la déshumanisation de leur rôle.

Une fausse prison est construite dans les sous-sols de l'université et c'est Philip Zimbardo lui-même qui devient, pour l'occasion, directeur de cette fausse prison.


L'expérience était prévue pour durer deux semaines. Elle ne dura que 6 jours avant d'être arrêtée en catastrophe.

Plusieurs gardiens se transforment rapidement en tortionnaires, obligeant les prisonniers à des activités dégradantes, mimant des relations sexuelles non consenties, les réveillant en pleine nuit. Les prisonniers, eux, deviennent des loups parmi les loups, validant ainsi l'intuition de Hobbes comme quoi l'Homme est un loup pour l'Homme. Matons et prisonniers tombent en dépression...

Sans revenir au mythe rousseauiste de la bonté de l'Etat de nature chez l'Homme, Zimbardo démontre que l'environnement créé la violence au delà du simple individu et sa conclusion est sans appel : « Un individu ordinaire – placé dans un certain contexte propice aux violences – peut devenir à son tour le pire des tortionnaires ! » .

Des livres, des films, des chansons même inscriront cette expérience au Panthéon des moments fondateurs de toute une nouvelle pensée de l'Homme sur lui-même... Sauf que tout cela ne reposait que sur des mensonges...

40 ans d'expérience, feront toujours la différence.

Comme Milgram, Zimbardo devient une célébrité, une référence... Son étude est citée, commentée... Les images de la prison américaine d'Abu Ghraib, en 2003, lui redonnent une actualité brûlante et certains « jeux » d'enfermement, comme « Loft Story », ou « Secret Story » remettent cette expérience sur le devant de la scène médiatique.


Pas un seul cours de psychologie sociale sans qu'elle ne soit citée, elle est mise à toutes les sauces : développement personnel, coaching, management...

Mais, en 2018, un doctorant, Thibault Le Texier, publie un livre issu de ses propres recherches « Histoire d'un Mensonge » ( Éditions La Découverte ). Ce livre fait l'effet d'une bombe dans le monde souvent feutré de la recherche universitaire : l'expérience de Stanford est une invention, un faux, un fake comme on dirait aujourd’hui.


Pour arriver à cette conclusion, le chercheur va fouiller les archives de l'Université de Stanford, rendues publiques en 2011. Là, il s'aperçoit que, contrairement à l'histoire officielle qui veut que Zimbardo ne soit pas intervenu dans le déroulement de l'expérience, il était en fait omniprésent. Faisant office, si vous me permettez la comparaison, de la célèbre « Voix » du jeu télévisé. Dès avant le début de l'expérience, Zimbardo briefe les gardiens en leur donnant un planning précis des choses à faire comme, notamment, les réveils nocturnes des prisonniers. Il va plus loin et va jusqu'à suggérer des idées de punition : les faire dormir dans des couvertures remplies d'épines, provoquer des humiliations... L'expérience vole en éclat au fur et à mesure des découvertes du jeune homme.


De fait, tout était scénarisé, déjà décidé, loin de la réalité d'une expérience scientifique.


Même les statistiques prétendues de la violence des gardiens sur les détenus sont fausses, Zimbardo n'ayant consigné que 10% des comportements censés être violents, et venant, pour la plupart, d'un seul et même individu.


A l'inverse de l'expérience de Milgram, qui a été reproduite des centaines de fois et qui a donné les mêmes résultats, celle de Stanford n'a jamais été refaite. Karl Popper et son idée de réfutabilité scientifique doivent se retourner dans leurs tombes !


Reste, bien entendu, la question du « Pourquoi ? ». Pourquoi une telle mascarade ? Pourquoi les instances scientifiques ont-elle validé cette expérience sans jamais la remettre ouvertement en cause ?


Il faut d'abord se remettre dans un contexte. Les Etats-Unis sont en pleine guerre du Vietnam, s'y enlise. La jeunesse américaine est en train de perdre une partie de son innocence dans ce conflit. Cette expérience se veut plus une critique d'un système vu comme totalitaire ( les prisons ) que comme une vraie expérimentation. D'ailleurs Zimbardo calquera son modèle sur les relations au travail, à l'école, à l'université... Pour lui, c'est tout un système qu'il s'agit de mettre à bas.


Télégénique, il sera invité sur tous les plateaux de télévision pour parler de cette expérience si dérangeante et donc, si intéressante pour des médias en mal de sensationnalisme.


Mais la communauté scientifique ? Pourquoi une telle cécité ? Parce que Zimbardo est devenu, grâce à cette expérience, une sorte de « vache sacrée » indéboulonnable. Il devient un ambassadeur pour l'université de Stanford, une tête d'affiche qui attire étudiants et donc, financements... Il devient une référence et sa théorie est si pratique, si puissante et si adaptable que peu s'interrogent sur sa crédibilité. De fait, l'expérience de Stanford est «sexy», elle colle bien à son temps.


Aujourd'hui, nous ne pouvons que nous interroger sur l'acceptation de cette expérience, sur ses effets, sur les tenants et les aboutissants qui en ont fait une des pierres angulaires de la pensée américaine de la seconde moitié du Vingtième siècle. Cela doit aussi nous interroger sur ce que nous sommes prêts à accepter selon nos cartes du territoire.


Un bien beau sujet de psychologie sociale en somme...

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